C'est le moment, celui de l'inévitable descente, j'y suis à deux doigts et l'effroi s'imprègne en moi. Un éternel repos ne me fait pas peur, mais à quoi vais-je rêver éternellement? Flotter sur de beaux nuages blancs dans l'harmonie? Plutôt m'enfoncer dans un trou noir. Cohabiter avec des anges aux visages de princes? Plutôt sentir éternellement une lame dans mes os. La mort s'est emparée de mon corps et cette divinité meurtrière ne me fauchera pas une seconde fois. Car oui, cette saloperie suppliée par ces minables dans les palais sacrés, ces grands, ces magnifiques, cette lumière qui semble la raison de vivre de chaque être humain, ces surhommes dont l'on entend le murmure des accalmies dans les sanctuaires, je leur crache au visage. Sans leur lavage de cerveau sur l'humanité, je serais probablement encore en vie aujourd'hui.
C'était à l'époque où l'absurdité d'une prière rendait les hommes euphoriques et où de belles paroles semblaient l'essence de leur vie. L'histoire que ces nones m'ont racontée m'effraie, affirmant m'avoir trouvé lorsque j'étais enfant sur le pavé d'une église. Elles affirmaient avoir pitié de mes pleurs de bambin et craqués pour mon petit visage. J'ai ensuite eu une enfance plutôt hors du commun au couvent. Joyeuse comme toute petite fille, je courrais et riais, reniflait les magnifiques fleurs du vaste terrain, j'aimais porter des déguisements de princesses et être coquète. Quelques années passèrent ensuite, j'étais encore toute jeune. Le soir, cloitrée dans ma minuscule chambre, je portais mon oreille contre le mur rêche et écoutais les murmures des nones. Malgré mon innocence j'ai vite remarquée que j'étais de trop au couvent. Parfois je les entendais supplier la protection du seigneur, la protection contre moi, et ma tête d'enfant ne comprit pas pourquoi. « Je reconnais le signe de Lucifer dans ses yeux ». « C'est une enfant du mal, c'est pour ça qu'ils nous l'ont emmenés ». C'est alors que mon esprit d'enfant devint troublé et anxieux.
Les jours ont passés et elles continuaient de marmonner de telles âneries, mon c½ur de petite fille fut si apeuré que constamment je baissais les yeux sous leur regard. Elles devinrent par la suite si dures avec moi que j'en pleurais, je sentais leur colère et ces folles me croyaient possédée lorsqu'elles entendaient mes sanglots la nuit. « C'est une enfant du diable! ». Qu'avais-je fait? Ces dames m'ont vus lors de mes premiers pas et premiers mots et maintenant me comparent à Lucifer? Le temps qui avançait ne faisait que me souffler des plaies, toujours des plaies, le temps avançait et les plaies dans mon c½ur s'empilaient. Toujours froides et sévères, des grondements et des coups insupportables. Parfois elles hurlaient si fort que j'en suis certaine, leurs voix de mégères devaient grimper vers les étoiles.
Je me souviens, nous étions à l'aurore et, les yeux mi-clos, me préparant pour le déjeuner, marchant dans le couvant, ces nones me regardaient toutes, certaines faisaient des signes de croix en m'apercevant. Mais ce matin particulièrement, je suis tombé sur une lettre que je lue à la lueur de l'aurore, et mon esprit d'enfant comprit pourquoi la dureté de ces folles.
18 août 1965
Bonjour à vous, mon nom est Marie. J'ai apprit récemment que la grâce de votre couvent à accueilli ma petite fille et je tenais à vous remercier, du fond de mon c½ur. Vous voyez, je supplie Dieu chaque soir de m'apporter sa miséricorde, pour avoir abandonnée Giselle. Ce fut une dure épreuve d'abandonner celle que j'ai enfanté, mais je n'avais pourtant pas le choix. Ma famille m'a reniée, ainsi que mes amis, et je ne pouvais pas m'encombrer d'une enfant lorsque je n'ai pas eue le choix de me débrouiller seule, sans époux. J'étais jeune, très jeune et encore vierge lorsqu'un homme me l'a arraché de mon c½ur, ma virginité. Faisant des courses pour mon père au village, je suis tombée sur un imposteur. Ne connaissant pas le père de ma fille, une enfant du viol, je fus forcée d'abandonner Giselle, reniée de tous. Ma fille va-t-elle bien? Jamais je ne vous remercierai assez pour l'amour que vous donnez à ma petite fille.
Amicalement, Marie.
On me comparait à Lucifer, la Bible n'est pas pour les enfants du viol, les enfants du péché, les enfants de la luxure n'ont-ils pas droit à la miséricorde du divin. Ces nones qui sont le visage de la religion le savaient, beaucoup mieux que l'enfant que j'étais. J'étais une enfant du péché, j'en étais persuadée lorsque j'entendais ces dames me reprocher d'avoir le sang de Satan dans mes veines et profaner en silence mon destin vers les enfers. Mon cerveau d'enfant fut éclairé et à la fois tourmenté, j'étais pendant un moment persuadée d'être une enfant malsaine, une enfant du Diable. Peut-être que si l'on ne m'aurait pas enseignée la prière avant mes premiers pas aurais-je été moins tourmentée? Peut-être que si l'on me m'aurait pas lavé le cerveau dès ma naissance avec toutes ces âneries me sentirais-je mieux? Mais peu importe, cela n'aurait pas atteint la colère de ces religieuses et leur regard aurait toujours été aussi sévère et dur.
Je me souviens du soir le plus terrifiant de ma courte vie, cloitrée dans ma chambre à sombrer dans ces tourments et cette culpabilité, cette haine...cette haine lorsque s½ur Agatha est entrée. Me cachant avec ma couverture j'écoutais ses mots qui me disaient de rester en silence, de ne pas bouger ni m'inquiéter. Puis, une vive douleur tandis qu'elle me frappait en me traitant d'enfant de pute et de catin. Je tentais d'hurler mais elle continuait de plus belles. « La ferme petite traînée, tu n'es pas une enfant de Dieu, tu es le péché et tu l'était déjà à ta naissance. » Des larmes coulaient, j'aurais aimée que tout soit un mauvais rêve, que toute ma vie soit un mauvais rêve et me réveiller dans des bras maternels et réconfortants, me réveiller sans idées préconçues et m'épanouir. Quel beau rêve ce serait! Tentant d'hurler mais une main fut portée à ma bouche et m'étouffa. Je voulais me fondre sur le pavé pour quitter le mépris et les coups de s½ur Agathe, de toutes ces connes.
Chaque matin dévoilait une journée dure et éphémère, chaque matin une routine tournant au fardeau, et je revois maintenant mes yeux d'enfant triste, je le revois en j'en pleure. Toujours, la fessée fut quotidienne, comme les injures et les punitions, ces profanations et ce rejet. Un matin je les empêchais d'ouvrir ma porte de chambre, refusant de surmonter une journée banale, refusant de surmonter une journée d'enfer. Je n'étais plus une enfant mais un être tourmenté. Et ce sont les tourments qui une fameuse nuit m'ont réveillés, ainsi que ces cauchemars infinis. Ouvrant ma fenêtre afin de respirer le ciel – autre chose que ces murs – ma tête fut hypnotisée par la vue, si magnifique, ma fenêtre où la vue s'étendait sur l'océan et de magnifiques montagnes, de la verdure et un village au loin. Comme j'aurais aimée être parmi eux, je voyais par ma fenêtre la chaleur du monde extérieur mais ne pouvait m'en approcher, emprisonnée dans un couvant où on me frappe et me perçoit comme l'enfant d'une pute et la réincarnation de Lucifer. La fenêtre semblait s'illuminer de beauté devant moi, j'avais l'impression qu'un Oasis se trouvait derrière, un peu plus loin derrière le terrain des s½urs. Je la voyais, qui semblait attrayante et fleurir, s'ouvrir à moi? Qu'y avait-il de ci beau derrière? Le mystère réveilla en moi certains instincts lorsque je fus attirée par la vue du lever du soleil, que c'était beau, que ça semblait bon! Je voulais sourire mais j'avais de la difficulté. Que c'était beau derrière la fenêtre, que ça semblait bon et que ma chute fut puissante, que la rivière fut profonde...
© Felixe